INTERVIEW : PHILIPPE FILIATRE



Mardi 06 Octobre 2020

Successivement entraîneur de l’équipe professionnelle au côté de Bernard Goutta, et par la suite des juniors Crabos, Philippe Filiatre est depuis plusieurs saisons directeur du centre de formation de Colomiers Rugby. Pour le site du club, il a accepté de répondre à nos questions, et de mettre en lumière son rôle d’accompagnant pour les jeunes joueurs du centre.

Il y a 3 ans, tu avais déclaré à la Dépêche du Midi : "Je souhaite apporter ma connaissance du monde professionnel et de l’évolution du joueur. Ils doivent être préparés à affronter ce qui peut les attendre au haut niveau". Es-tu toujours dans cette optique ?

Oui, je le suis toujours ! Quand j’ai arrêté d’entraîner les pros, l’idée était de les préparer de la meilleure des façons à ce monde-là. On s’aperçoit que depuis plusieurs saisons, le club à confiance en ses jeunes, et les fait accéder régulièrement au haut niveau. J’estime pouvoir apporter ma pierre à l’édifice, mais on est nombreux dans ce cas. L’enjeu est de faire prendre conscience aux jeunes que l’engagement est une chose, mais ensuite, il y a aussi le sérieux, la concentration dans l'entraînement, avant l’entraînement, ou après l’entraînement. Un de mes objectifs est de transmettre mon expérience pour les préparer aux futures échéances. 

L’accompagnement de jeunes joueurs tout au long de la formation est-il parfois compliqué ?

La progression d’un joueur n’est jamais linéaire, et la difficulté pour nous, c’est de la rendre la plus visible possible. Il faut qu’on les amène vers le monde professionnel. Si c’était aussi simple, il n’y aurait pas d’échecs, tout le monde serait en réussite. L’idée, c’est de trouver les éléments qui permettront de minimiser ces échecs. C’est une alchimie qu’il faut trouver. Chaque joueur a un fonctionnement différent. Pour certains, la progression sera plus lente. Il y a des facteurs qui peuvent jouer, comme les études : si le jeune a des contraintes lourdes sur le plan universitaire, son efficacité rugbystique peut être temporairement impactée. Il y a donc un double projet scolaire-rubystique, et c’est à nous de les accompagner. 

Lorsque tu vois certains jeunes du centre de formation qui se font une place dans l’équipe professionnelle, c’est une satisfaction ? 

Bien sûr ! Ils ont été formés dans cette structure, et ils atteignent le plus haut niveau dans ce même club. C’est extrêmement valorisant pour tous les formateurs du club, des pépinières, au centre de formation. Nous travaillons pour l’économie de notre structure : plus tu vas avoir de ressources pour ton équipe première, moins tu vas avoir besoin d’aller chercher des joueurs à l’extérieur. C’est vraiment gratifiant ! Puis après, si le joueur va plus haut, plus loin, c’est encore une deuxième dimension. On l’a vu par exemple avec Gaëtan Barlot ou Maxime Lafage qui sont issus de la formation columérine et qui évoluent aujourd’hui en Top 14. Donc oui, c’est une satisfaction pour tout le monde !

Tu es en relation régulière avec Julien Sarraute et le staff professionnel tout au long de la saison ?

Effectivement, il y a un échange permanent avec Julien Sarraute et son staff. Nous échangeons sur de nombreuses choses, dont les évolutions des joueurs. Ce sont des échanges simples et directs. Aujourd’hui, avec la bulle Covid, nous nous réunissons une ou deux fois par semaine. On se fait des retours sur les matchs avec des vidéos, ou des fiches d’évaluations que l’on consulte. Nous sommes très proches, et cela fonctionne très bien !

Si tu devais donner un conseil pour qu’un joueur soit plus performant à l’entraînement ou en match, ce serait lequel ?

L’un des mots-clés, c’est la capacité à être organisé pour décider et choisir. Plus le joueur va être organisé, plus il va se préparer, planifier, anticiper rapidement. Il va mieux gérer l’imprévu. Pour un joueur, la notion d’organisation est importante, parce qu’il va la rencontrer tout le temps : dans sa capacité à gérer un plan de match, gérer son planning, etc. Être organisé lui permettra de répondre aux exigences du collectif, tout en gardant une capacité d’innovation liée à la curiosité. Par exemple, lors d’un match, le joueur est dans son collectif, mais avec une bonne organisation de jeu, il peut débloquer un match, une action sur une solution à laquelle personne n’a pensé. Cette solution sera la solution clé. Voilà, c’est ce que je dis régulièrement à mes joueurs !

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