Colomiers rugby : il y a vingt ans, l’envol majestueux puis brisé de la Colombe



Vendredi 17 Juillet 2020

Je vous parle d’un temps que seuls les plus de vingt ans peuvent connaître. Et que les moins de 20 ans ne connaîtront sûrement jamais. Parce que sans se laisser envahir par la nostalgie, il y avait, cette année-là en 2 000, un parfum – comment dire- insolite, inédit, atypique. Mais tellement authentique et tellement rugby. À l’image de son président d’alors Michel Bendichou qui a laissé un héritage de savoir vivre si important, entretenu aujourd’hui par son successeur Alain Carré.

> L’envol de la Colombe
Cette année-là, retrouver Colomiers en finale au Stade de France n’était qu’une demi-surprise. Le club était alors au sommet avec ses deux plus beaux fleurons qu’il avait formés : Fabien Galthié et Jean-Luc Sadourny.
Il disputait alors sa troisième finale en trois ans : vainqueur de la conférence européenne (NDLR : le bouclier européen de maintenant) en 1998 et finaliste de la Coupe d’Europe en 1999. Son parcours en phases finales fut presque anonyme jusqu’à cette demi-finale ébouriffante et étouffante à Agen contre la Section Paloise de Jacques Brunel qui était de l’aventure columérine, les années précédentes. Un crève-cœur pour beaucoup de joueurs columérins et pour l’entraîneur Serge Milhas, ami de 20 ans de Jacques Brunel, depuis l’époque auscitaine…
Colomiers accédait à la finale au terme des prolongations dans la chaleur d’Armandie. Historique pour un club qui était en troisième division en 1976.

> L’insouciance de la Colombe
En ce temps, là, le rugby était encore un peu pluriactif. Dans les vestiaires du Sélery, on parlait des canards de Marc Dalmaso, des poulets de Willy Bégarie, des fromages de Stéphane Graou. Cela sentait bon le rugby de villages. Il n’était pas rare de voir un international fumer sa clope dans les vestiaires juste après la rencontre. Gilbert Flouresses, alors manager sportif, était chargé d’amener la trentaine de bières pression cinq minutes après le coup de sifflet final. C’est à cet instant que Michel Bendichou ouvrait la porte aux journalistes pour les interviews d’après match. Sans filtre. Au milieu des maillots jetés par terre et des premières serviettes trempées après la douche.
Ensuite, le groupe ne se séparait que très tard au rythme du "Mendiant de l’amour" d’Enrico Macias. L’insouciance de la Colombe constituait alors l’un de ses plus beaux atours et atouts.

> Les ailes brisées de la Colombe
Si heureux dans sa façon de fonctionner (pour la finale, beaucoup de joueurs s’étaient teint les cheveux couleur poussins), le club columérin, dont le jeu de mouvement était la marque de fabrique, accumula en revanche les malheurs durant cette finale. Déjà privé de Fabien Galthié, blessé et en pleurs en tribunes, Colomiers perdit au fil du match des bras (Bernard De Gisuti) et des jambes (Jérôme Sieurac) alors que David Skréla blessé juste avant Jérôme Sieurac resta sur le terrain malgré une entorse du genou.
Malgré tous ces vents contraires, le club est venu mourir à cinq mètres de la ligne parisienne et du Brennus. Sur une ultime mêlée qui porta (déjà) à contestation. Ce jour-là, la Colombe si resplendissante jusque-là se brûla les ailes mais gagna le respect du monde du rugby. Pour de nombreuses années. Et vingt ans plus tard, Colomiers rugby, en tête du classement de Pro D 2 fin mars, aurait pu (dû) commémorer cette date avec une montée en Top 14. La Covid en a décidé autrement… 


Philippe Lauga - LA DÉPÊCHE DU MIDI 

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