[REVUE DE PRESSE]



Lundi 29 Avril 2019

Colomiers : Une "der" à la maison pour les derniers des Mohicans
Article paru sur  Rugbyrama le dimanche 28 avril 2019.

Ce dimanche après-midi face à Soyaux-Angoulême, Colomiers va jouer son dernier match de la saison à domicile. Une rencontre décisive pour son maintien en Pro D2. Pour le deuxième ligne Romain Mémain et le demi de mêlée Sébastien Inigo qui s'apprêtent à tirer leur révérence, ce sera le point d'orgue d'une carrière passée à avoir défendu les couleurs du club à la colombe. Séquence émotion.

Ils n'ont pas vu le temps passer. Et pourtant ce dimanche sur les coups de 14h15 lorsqu'ils vont pénétrer sur leur pelouse fétiche, Romain Mémain et Sébastien Inigo verront toute une vie de rugbyman passée à défendre le maillot frappé de la colombe défiler devant leurs yeux. Nul doute que les supporters massés dans les travées de Michel-Bendichou sauront se lever d'un même mouvement et se faire entendre d'une même voix pour rendre hommage à ces deux joueurs de devoir, fidèles parmi les fidèles de l'institution columérine. On n'efface pas comme ça des mémoires 17 ans et 12 ans de bons et loyaux services. 

Même si comme le signalait cette semaine Romain Mémain, "il y a avant tout un match à disputer. Certes, ce serait mentir de dire que je n'y pense pas. Il y aura une émotion mais elle ne devra pas être démesurée car c'est un match à enjeux. Ma mission est de maintenir le club et après si tout se passe bien on essaiera de savourer comme il se doit. Mon cas personnel passe au second plan." Le maintien avant tout. D'un naturel prudent Romain Mémain sait mieux que quiconque que Soyaux-Angoulême ne débarque pas la fleur au fusil en terres haut-garonnaise et que Colomiers a déjà connu des déconvenues par le passé. Qui doivent "servir de piqûres de rappel. Le succès à Biarritz nous a permis d'avoir notre destin entre nos mains mais il ne faut pas s'enflammer."

Romain Mémain ou toute une époque
Le géant (il culmine à 1,97 m) de Saint-Georges-de-Didonne (Charente-Maritime) va donc, avant de commencer sa nouvelle vie avec notamment une reconversion déjà entamée et la gérance d'un bar à huîtres dès le 1er juillet prochain dans le centre-ville de Toulouse , mettre toute son énergie pour clore le dernier chapitre d'un livre ouvert il y a maintenant 17 ans. Débarqué en 2002 de Saujon et de la Fédérale 3 pour passer des tests de détection, le deuxième ligne longiligne s'est fait sa place sans prétention en banlieue toulousaine. Intégré au centre de formation columérin, il a très vite noué des amitiés avec les Anthony Roux, Morgan Saout, Julien Tourtoulou.

Le jeune deuxième ligne qu'il était a aussi marché dans les traces des "Stéphane Bohn, Jean-Marc Lorenzi et Gildas Moro. Je ne peux pas les oublier puisqu'ils jouaient à mon poste et ils m'ont pris sous leur aile à mes débuts en équipe première. Ils sont restés au club quand tout s'est cassé la gueule en 2004 après la double rétrogradation. Avec eux, j'ai été à bonne école" se souvient Romain Mémain. Lui qui est désormais l'un des doyens de l'équipe du haut de ses 35 ans et de ses plus de 310 matchs officiels n'a pas hésité encore cette saison à "rappeler certains trucs. Quand je suis arrivé à Colomiers, les anciens m'ont parlé au bout d'un an et demi. Il fallait gagner sa place, c'est différent de maintenant. Même si ça me fait passer pour le vieux con confie t-il en souriant, il y a deux, trois choses immuables dans un vestiaire."
Comme sur un terrain où le joueur s'est forgé une sacrée réputation. Qu'il ne rejette pas ni ne nie là aussi. "Je suis un joueur pénible, je le sais, ça me va qu'on me considère comme ça. C'est sûr que ça peut paraître un peu excessif. Toutefois, si j'aime bien mettre un peu d'agressivité et d'intensité dans mon jeu je ne me considère pas comme un joueur ultra-violent. Il y a des fois où ça peut déborder mais ça fait partie du jeu et de ma personnalité. On m'a toujours dit qu'il valait mieux un surplus d'engagement qu'un manque d'engagement." Avec quatre cartons jaunes et un carton rouge cette saison, Romain Mémain sait de quoi il parle. Comme son président Alain Carré souvent monté avec lui en commission de discipline à Paris ces dernières saisons.

L'homme fort de Colomiers ne veut pourtant rien reprocher à son deuxième ligne, mémoire et vestige vivant de sa présidence. "C'est vrai, nous sommes arrivés en même temps" fait remarquer Mémain. "On a vécu beaucoup de choses avec Alain. C'est mon président, celui que j'ai toujours connu. Je sais que je suis un privilégié d'avoir fait 17 ans dans le même club. Tout le monde loue ses qualités humaines mais c'est la vérité, Alain, ce n'est pas un président bling-bling. Tu peux avoir un contact humain avec lui. Le club est à son image. Il a fait énormément pour Colomiers. C'est une rencontre qui marque humainement et rugbystiquement."
Et vice-versa. "Romain c'est quelqu'un de fidèle, un guerrier, un rassembleur, qui ne se cache jamais, quelqu'un de positif. Avec des types comme ceux-là on va à la guerre. Son passage à Colomiers est indélébile. Ce dernier match à la maison peut encore plus marquer l'histoire." Il est vrai que la délivrance pourrait être belle à voir si Colomiers venait au bout d'une saison éprouvante sur le plan physique et mental à arracher son maintien devant les siens. Du même métal qu'une finale de Fédérale 1 remportée en 2004 à Tarbes contre Oloron ou qu'une demi-finale de Pro D2 à Bayonne en 2016.

Sébastien Inigo ou la force d'un caractère

Sébastien Inigo n'était pas là en 2004 mais depuis 2007 le demi de mêlée a connu lui aussi bien des aventures, des joies et des galères sous le maillot bleu foncé. "Je ne pensais pas que ce jour allait arriver" relève simplement celui qui a d'abord débuté à Agen puis Bayonne avant de poser ses valises à 22 ans à Colomiers. "Je suis fier et heureux d'avoir fait toute ma carrière professionnelle dans ce club car je ne me suis jamais considéré comme un mercenaire" clame celui qui à 34 ans – il fera 35 dans cinq mois- croit en un destin final favorable. "Nous devons laisser le club en Pro D2. La saison a été difficile, éprouvante. Mais il y a un très bon final à aller chercher pour le club et pour nous. C'est notre dernière mission avec Romain."

Avant de s'atteler avec son frère Vincent (ancien international à VII) au développement de leur boîte de production de photos et de vidéos, la "Inigo Brothers" qui réalise déjà des prestations pour la FFR, Nike ou encore le Stade toulousain, Sébastien Inigo voudra répondre présent une dernière fois à Bendichou. "Comme Romain il a toujours été là quand on lui a demandé des services. Il y a eu des passages difficiles dans son aventure avec Colomiers, il a pris des coups mais il représente quelque chose. Lui et Romain, ils ont beaucoup de valeurs. Quand on est redescendu en Fédérale 1, et qu'il y a des turbulences sportives, ils sont restés avec nous" fait remarquer Alain Carré.

Les deux joueurs ne seront plus là la saison prochaine pour peut-être vivre un nouvel exercice en Pro D2. "C'est le cycle. Il reste un socle de joueurs qui ont de fortes valeurs, de fortes personnalités comme Aurélien Béco, Romain Bézian, Grégoire Maurino, Damien Weber... Ce sont des joueurs qui sont porteurs des valeurs de Colomiers Rugby. On n'est pas irremplaçables ni éternels avec Sébastien" nous répétaient les deux en milieu de semaine. Certainement, mais dans ces temps où la fidélité et l'attachement à un club disparaissent comme peau de chagrin, ils vont laisser un vide. Michel-Bendichou a encore 80 minutes pour en profiter.

Enzo Diaz 

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